Demande mouvementée

Spirti faisait les cents pas dans la haute tour qui leur servait de maison, à lui et à son père. Il tournait en rond dans la pièce circulaire, paniqué. Il imaginait tous les scénarios possibles, surtout les pires.
Bagal, qui était en train de concocter l’une de ses potions, redressa la tête, agacé.

-Pose tes fesses sur une chaise bon sang, fiston ! Je n’arrive pas à me concentrer !

Spirti mordit sa lèvre inférieure avant de s’exclamer :

-Comment je peux être sûr qu’elle dira oui ?

-Je peux essayer de te fabriquer un philtre d’amour si tu veux, marmonna Bagal.

-Très drôle, rétorqua Spirti avant de finalement se laisser tomber sur une chaise. Cid, son chat noir, en profita pour sauter sur ses genoux en ronronnant et le jeune homme le caressa distraitement.

-Parle avec ton cœur et tout se passera bien, lança Bagal dans un sourire. Maintenant va faire ta demande et laisse moi faire mes expériences en paix !

Spirti prit son courage à deux mains et s’exécuta, sortant dans les rues du village. La soirée déjà bien avancée, les villageois s’étaient cloîtrés chez eux. C’est donc seul avec ses pensées que Spirti se dirigeait vers la boulangerie du village, là où vivait Ellana. Il avait préparé un petit discours mais plus il avançait, plus il se rendait compte qu’il ne souvenait de rien. Il aurait dû le noter, s’agaça t-il.
Lorsqu’il arriva au pied de la fenêtre d’Ellana, d’où brillait une lumière, il se baissa pour ramasser un caillou et le lança contre la vitre. Sa dulcinée ne tarda pas à l’ouvrir et dès que son visage apparu, le jeune homme sentit son cœur battre à la chamade.

-Spirti ? Qu’est ce qu’il se passe ? Demanda la jeune femme, un air inquiet peint sur le visage.

Son compagnon déglutit avant de se lancer :

-Salut Ellana ! Lança t-il d’un air idiot. Décidément, c’était vraiment pas son truc. « J’avais quelque chose à te dire…enfin à te demander ». Il s’arrêta, cherchant ses mots. Comment décrire des sentiments qu’il ne comprenait pas lui-même ? « Ça fait plusieurs mois qu’on est ensemble maintenant…Et chaque jour passé avec toi est une vague de bonheur qui vient ébranler mon fleuve de vie tranquille. Je ne remercierais jamais assez ce Lige de nous avoir réuni, lâcha t-il en souriant, et Ellana éclata de rire. Il continua : « Être à tes côtés me réchauffe le cœur, le son de ta voix l’incite à battre et l’éclat de tes rires le font bondir de joie.
J’ai toujours été du genre à me demander qu’elle était le sens de la vie. Mais j’ai trouvé la réponse. Toi. Ta présence seule justifie chacune de mes respirations et je sais maintenant pourquoi je vis. Mon existence est pour toi, à toi et ce, à jamais. »

Spirti posa un genoux à terre et sortit de l’une de ses poches une alliance en argent :

-Ellana, veux-tu m’épouser ?

Ellana avait les deux mains posées contre sa fine bouche et des larmes coulaient sur ses joues. Elle finit par réussir à articuler :

-Spirti…Je…

Avant qu’elle ne puisse répondre, les deux amoureux furent interrompus par un cheval à la robe brune qui s’avançait vers eux, au pas. Sur le dos de l’animal se tenait un homme inerte. La monture s’arrêta à quelques pas de Spirti et le cavalier s’écroula sur les pavés de la rue en gémissant. Le jeune homme se précipita aux côtés du blessé, inquiet. L’homme était couvert de brûlures reconnaissables entre mille : cet homme avait été attaqué par des grashs.

-Que s’est-il passé ? Demanda Spirti en soutenant l’homme par la nuque. Ce dernier déglutit avant de répondre.

-J’apportais un message du compte Brior…et une meute de grash m’est tombée dessus.
Des grash aussi près du village ? Spirti se mordit la lèvre. Ce n’était pas normal. Le manoir du comte n’était qu’à quelques kilomètres à l’ouest. Les habitants étaient en danger.
Ellana sortit de chez elle en courant et les rejoignit, essoufflée.

-Ellana, occupe toi de lui, annonça Spirti avant de se relever. Si une meute de monstres rôdait, il devait prévenir son maître sur le champs. Avant de partir, il demanda :

-Quel était l’objet du message ?

Le blessé sourit malgré la douleur :

-Le comte…invite le village à une grande fête sur son domaine.
Ellana tâta l’une des brûlures de l’homme, qui gémit de douleur.

-Désolée ! Vous pourrez lui dire que nous acceptons avec grand plaisir, une fois remis. La jeune femme se tourna vers Spirti. « Fais attention à toi…Tu auras droit à ta réponse à ton retour. Tu n’as pas intérêt à mourir, compris ? »
Le jeune homme sourit de toutes ses dents.

-J’en ai pas l’intention !

Et il partit au pas de course.
Avant de se rendre chez Tyos, le jeune homme fit un crochet par chez lui pour récupérer toutes ses armes avant de repartir tout aussi vite, sous le regard médusé de son père. Il se retrouva rapidement à tambouriner sur la porte de la maison son maître, qui lui ouvrit en chemise de nuit et le teint blafard..

-Vous allez bien, maître ? Demanda Spirti, inquiet face à la mine malade du vieil homme.

-J’ai connus des jours meilleurs petit. Qu’est ce qu’y t’amène ? marmonna Tyos avant d’être pris d’une quinte de toux.

Spirti hésita. Tyos n’était pas du tout en état de se battre mais il n’hésiterait pas une seconde s’il savait qu’une meute rôdait près du village. Et il mettrait sa vie en danger.

-Rien de spécial, répondit Spirti en passant une main dans ses cheveux. « Je venais juste prendre de vos nouvelles ! Mais je vais vous laisser vous reposer, bonne soirée maître !
Et le jeune homme s’esquiva, se dirigeant vers la sortie du village sous le regard intrigué de Tyos. Il était capable de gérer ça tout seul. Il était prêt à endosser la responsabilité de protecteur du village.

Une fois à l’extérieur de Brangen, Spirti se dirigea vers l’ouest, de là où venait le messager.

L’agression avait du laisser des traces. Il repéra rapidement les empreintes laissée dans l’herbe par le cheval de la victime. Les yeux rivés au sol, Spirti avançait rapidement. Il devait retrouver ces grashs au plus vite.
Après dix minutes, il arriva enfin au lieu de l’attaque. Le cheval effrayé avait du se cabrer plusieurs fois, comment semblait indiquer les empreintes. Les grashs avaient laissé moins de traces, mais de ce que le jeune homme voyait, ils devaient être au nombre de onze. Agenouillé, il fit la grimace. C’était plus que ce qu’il avait imaginé. Le bon côté des choses, c’était qu’il les retrouverait plus facilement.

-Vous n’avez pas froid aux yeux, pour vous lancer seul à la poursuite d’une meute entière.

Spirti se redressa brusquement en dégainant son épée qui émit un crissement métallique. Un homme vêtu d’une longue robe noire et au visage caché sous un capuchon lui faisait face.

-Qui êtes-vous ? Interrogea le jeune homme, sur ses gardes.

-La curiosité est un vilain défaut, rétorqua l’homme en levant la main gauche.

Suite à son geste, la meute de grash sortit d’un bosquet qui se situait sur la droite des deux hommes. Spirti poussa un juron. Ils étaient effectivement onze. L’homme à la capuche abaissa sèchement sa main et les grashs chargèrent en direction de Spirti, qui poussa un juron. Il contrôlait les grashs ?
Remettant ses interrogations à plus tard, le gardien de Brangen saisit deux dagues de jets dans sa main gauche et les jeta vivement. Elle firent mouches et deux grashs s’écroulèrent, roulant sur plusieurs mètres. Spirti serra ensuite son épée dans ses mains et il prit une inspiration. Neuf, c’était pas la mort.
Avec un cri de guerre, le jeune homme fonça. Il n’allait pas attendre d’être percuté par la meute. Il faucha une première créature, puis une deuxième. Plus que sept. Il explosa le crâne d’une nouvelle créature d’un violent coup de pied et en éventra deux d’un seul coup foudroyant. Les quatre dernières créatures hésitèrent. Spirti frotta son visage couvert d’un sang bleu foncé.

-Amenez-vous, provoqua le jeune homme.

Les quatre grashs bondirent. Et ils retombèrent sans vie, fauchés impitoyablement par l’humain.
Derrière lui, l’homme à la robe noire applaudit.

-Impressionnant. Mais les grashs sont faibles. Ma foi, il fallait bien que je commence quelque part…

Spirti dressa son épée.

-Comment contrôliez-vous ces monstres ? Et quelles sont vos intentions ?

-Tu n’écoutes donc pas ? Répondit l’homme en levant une main.

Aussitôt, une terrible douleur explosa dans la poitrine de Spirti. Avec un cri, le jeune homme s’écroula à genoux, les mains serrées contre sa poitrine. C’était comme si son cœur allait exploser. Et merde. Luttant contre sa souffrance, Spirti plissa les yeux pour apercevoir son ennemi, qui s’avançait lentement vers lui. Á chacun de ses pas, la douleur s’intensifiait. L’homme à capuche s’arrêta face à Spirti et lança :

-Évite de poser des questions dont tu ne voudrais pas connaître la réponse.

Et il ferma brusquement sa main, faisant grimper la douleur du jeune homme à son paroxysme. Et c’est dans un torrent de souffrance que Spirti perdit connaissance.

Spirti ouvrit délicatement les yeux lorsqu’il sentit une main se poser contre son front. La lumière ambiante l’aveugla quelques secondes et une fois sa vue habituée à la clarté, un sourire s’afficha sur son visage. Ellana était à son chevet. Toujours à moitié dans les vapes, le jeune homme marmonna :

-Je te l’avais dis que je reviendrais vivant.

Sa compagne retira sa main du crâne de Spirti et lui rendit son sourire.

-Et moi je t’avais promis une réponse.

Sur ces mots, elle l’embrasa et Spirti sentit toutes ses douleurs s’évanouir et son corps se réchauffer.

-Ça suffit Ellana. Moi aussi j’aimerais bien montrer à quel point je suis heureux de voir mon apprenti.

La jeune femme s’écarta et Spirti fit la grimace. Il n’avait pas remarqué son maître au pied du lit, qui le fixait avec fureur. Tyos tendit un doigt vindicatif, le visage rouge comme une pivoine.

-Comment as-tu pu partir chasser une meute de grashs sans me prévenir ? Tu aurais pu te faire tuer espèce d’idiot !

-Mais je n’ai eu aucun mal à les éliminer ! Protesta Spirti en se redressant contre son oreiller.

-Je sais, j’ai vu les cadavres quand je t’ai retrouvé inconscient. Il faudra que tu m’expliques ce qu’il t’es arrivé d’ailleurs. En attendant, puisque tu sembles te considérer prêt à défendre le village tout seul, dès que tu seras rétabli, tu partiras deux mois dans Hellébore. Si tu survis, tu deviendras officiellement le protecteur du village.

-Tyos ! Protesta Ellana. « Tu veux qu’il meurt ou quoi ? Il en est hors de question !

De son côté, le cœur de Spirti venait de rater un battement. Enfin. Enfin il allait pouvoir prouver sa valeur et découvrir ce qui se cachait entre les arbres de la forêt. Dès qu’il serait remis de son affrontement contre l’homme masqué. L’homme masqué ! Pas encore tout à fait réveillé, il n’avait pas réalisé l’importance de ce qui lui était arrivé.

-C’est d’accord ! Lança t-il. Mais avant, il faut parler de ce qui m’a fait perdre connaissance.

Et il leur expliqua tout en détails. Tyos passa une main dans sa barbe, songeur.

-Un homme qui contrôle des grashs…C’est effrayant. Et tu dis qu’il voudrait contrôler des monstres plus puissants ? Nous allons devoir être prudents les enfants…très prudents.

Ellana et Spirti hochèrent la tête, la mine sombre. Si quelqu’un arrivait à faire sortir les monstres de la forêt, ce serait une catastrophe.

-Mais assez discuté de sombres affaires ! Lança Tyos, soudain plus joyeux et sa colère contre son apprenti oubliée. « Nous avons un mariage a organiser ! »